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MEVLANA – Mawlâna Jalâl Ud-Din Rûmi – Me Voici

J’étais mort, vivant me voici,
J’étais larme, ris me voici,
Arriva le bonheur d’amour,
Bonheur éternel me voici.

J’ai la vision rassasiée
J’ai le souffle rempli d’audace,
la bile intrépide du lion,
Vénus ardente me voici.

Il dit: « Mais non, tu n’es pas fou,
Pas digne de cette maison. »
Je suis parti me rendre fou,
tel les attachés me voici.

Il dit: « Mais non, tu n’es pas ivre,
Va, tu n’es pas de cette espèce. »
Je suis parti, me voici ivre,
Et rempli de joie me voici.

Il dit: « Mias non, tu n’es pas mort,
Tu n’es pas souillé par la joie. »
À sa face qui donne vie,
Mort et effondré me voici.

Il dit: « Oh oui, tu es rusé,
Ivre de doute et de pensée. »
Alors ignorant, effrayé,
Détaché de tous me voici.

Il dit: « Tu es une bougie,
Celui vers qui l’assemblée prie. »
Assemblée ne suis, ni bougie,
Fumée dispersée me voici.

Il dit: « Tu es le cheikh, la tête,
Devant tu mènes le chemin. »
Cheikh me suis, ni menant ni chemin,
Ton suiveur-d’ordres me voici.

Il dit: « Tu as plumes et ailes,
je ne te donne aile ni plume. »
Désirant ses plumes, ses ailes,
Sans ailes et plumes, me voici.

La chance nouvelle m’a dit:
« N’avance plus et sois sans peine.
Par bonté, générosité,
Le venant-vers-toi me voici. »

Le vieil amour m’a dit: « D’auprès
De nous ne te déplace pas. »
J’ai dit: « Non, je ne bouge pas,
Immobile ici me voici. »

Tu es la source du soleil
Et moi je suis l’ombre du saule.
Toi, tu m’as frappé à la tête,
Misérable en feu me voici.

Mon coeur trouva l’éclat du souffle,
Mon coeur s’ouvrit et se fendit,
Mon coeur tissa nouveau brocart,
Haine des haillons me voici.

Le visage du souffle, à l’aube,
Se vanta, sous le coup d’ivresse:
« J’étais domestique et ânier,
Roi et grand seigneur me voici. »

Reconnaissante, elle est, ta feuille,
De sentir ton sucre sans fin,
Quand elle est venue prés de moi,
Moi, comme elle alors me voici.

Reconnaissante, terre triste,
Pour le ciel et la roue courbée,
À sa vue, à son tournoiement,
Capteur de clarté me voici.

Reconaissante, roue du ciel,
Pour le roi, pour l’ange et la terre.
Par sa généreuse bonté,
Clair et généreux me voici.

Reconnaissant, l’homme du Vrai,
Car la tête de tous nous sommes.
Sur les sept étages du ciel,
Brillante étoile me voici.

J’étais Vénus, me voici Lune,
Et la roue deux cents fois pliée,
J’étais Joseph, dorénavant
Faiseur de Joseph me voici.

Comme les échecs sois mobile
Et silencieux, mais tous parole.
Visage-tour du roi du monde:
Heureux, vicorieux me voici.

Rûmi
(Le livre de chams de Tabriz)

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