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Mawlâna Jalâl Ud-Din Rûmi – L’AMI

 

Que penses-tu, ô mon coeur, de l’excuse de ces défauts?
De ce côté, tant de fidélité, et de ton côté tant de négligence!
De ce côté, tant de générosité, et du tien tant d’opposition et d’insuffisance!
De son côté, tant de libéralités, de ton côté tant de défauts!
De ton côté, tant de jalousie, tant d’illusions et de soupçons.
De son côté, tant d’attraits, tant de goût, et tant de présents!

Tant de goût, pourquoi faire? Afin que ton âme devienne douce.
Et pourquoi tant d’attraits? Afin que tu te joignes aux saints.
Que tu te repentes du mal, que tu deviennes orant d’Allah.

En cet instant, s’il t’attire, c’est pour te sauver ;
Te faire craindre le péché, te faire implorer le remède.
Ne vois-tu pas en cet instant celui qui admoneste ?
S’il ferme tes yeux, il te rend comme une balle dans ses mains ;
Tantôt il te fait rouler, tantôt il te jette en l’air,
Tantôt il met en toi le désir de l’argent, de l’or, de la femme,
Et parfois, dans ton âme, la lumière de Mustafâ.

De ce côté-ci, il te tire vers les heureux, de l’autre, vers les malheureux.
Ou bien la barque passe, ou bien elle se brise dans les tourbillons.
Fais tant de prière en secret, pousse tant de gémissement dans la nuit,
Qu’enfin de la voûte des sept cieux une voix parvienne jusqu’à toi.

Lorsque les cris de Shu’ayb, ses lamentations, ses larmes pareilles à la rosée
Eurent dépassé toutes limites, une voix vint du ciel, à l’aube :
« Si tu es pécheur, tu es absous, je t’ai pardonné tes péchés.
Si tu veux le paradis, silence, je te le donne. Renonce à cette prière »

Il répondit : « Non, je ne veux ni ceci, ni cela, je veux la vision de Dieu
Si les sept océans deviennent de feu, j’y pénétrerai pour le voir.
Si je suis chassé (de ce lieu où je ne puis le voir) et que mes
Yeux pleins de larmes sont fermés à cette vue,
En ce cas, je préférerais l’enfer, le paradis ne me convient pas.
Sans sa face, le paradis est pour moi l’enfer est l’ennemi.

Je suis brûlé par les apparences des couleurs et des parfums,
Où est la gloire des lumières de l’éternité ? »
On lui dit : « Enfin, cesse de pleurer, de peur que ta vue ne soit amoindrie,
Car l’œil devient aveugle quand les larmes dépassent toutes limites »

Il répondit : « Si mes yeux voient enfin ce Visage,
Chaque parcelle de moi-même deviendra un œil, et je ne
regretterai pas d’être devenu aveugle.
Mais si à la fin cet œil reste privé de le voir,
Mieux vaut que soit aveugle un œil qui n’est pas digne de l’Ami » !

Dans le monde, chacun est dévoué à son ami,
L’ami de l’un est un sac plein de sang, l’ami de l’autre est un soleil lumineux.
Puisque chacun choisit un ami, bon ou mauvais, selon ce qui lui convient,
Il est regrettable que nous nous anéantissions pour ce qui n’est pas Dieu.

 

 

Rûmi

 

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