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MEVLANA – Joie et douleur

Si tu le peux, ne revêts pas l’habit de l’amour.
Quand tu l’as revêtu, ne crie pas pour chaque danger.
Brûle dans cet habit, mais reste silencieux
Car après la patience viendra un jour la joie.

O toi le médecin de notre douleur
Cette douleur est sans bornes, qu’ordonnes-tu ?
Par Dieu ! Si tu as des milliers de remèdes
Je ne guérirai pas mon âme, si tu ne montres ton visage.

Celui dont la Bien-Aimée est faite d’eau et d’argile
Un jour dans l’union avec elle trouvera la paix
Quiconque a transcendé l’eau et l’argile
Possède, comme toi, un amour étrange.

O mon coeur ne t’enfuis pas loin de la tyrannie des bien-aimées
Ne t’enfuis pas comme un voleur loin des sentinelles
Tu cherches un signe, ne t’enfuis pas loin de ce qui est sans signe
Offre cent vies, et ne t’enfuis pas loin de la douleur venant du Bien-Aimé.

Interroge sur les états de mon coeur, à chaque aube, le vent
Pour être heureux, interroge-moi, qui suis triste
Dans le meurtre de l’innocent, il y aura un risque pour toi
Interroge tes yeux, ces magiciens.

Hier, j’ai vu mon Bien-Aimé, désirant la séparation,
Disant avec cruauté : « Eloigne-toi de moi. »
Aujourd’hui, je suis comme séparé de mon âme,
Je lave mon visage dans le sang de la séparation.

Dans le chemin du désir, il faut être seul
Il faut être le compagnon de la douleur
Courir vers l’union n’est pas le fait d’un homme viril
La bravoure se manifeste au jour de la séparation.

Allez-vous en, ô chagrin et pensée, vous m’induisez en erreur
Pourquoi dans la mer de la fidélité me dites-vous qu’est l’infidélité ?
On fait peur aux enfants avec la tyrannie
Je suis devenu vieux, et vous me parlez ainsi ?

Ta douleur accepte-t-elle les soins de quelqu’un ?
Ou le désir s’enfuit-il loin de toi ?
Tu as dit : « Tue la passion dans ton coeur. »
Supposons que je l’aie semée, est-ce qu’elle grandira ?

O toi qu’a créé l’Echanson, à présent renonce au chagrin
O toi, compagnon de l’Esprit saint, renonce à l’instant
Tu dis : « J’ai fui le chagrin et suis devenu joyeux. »
Pour la joie de ton esprit, renonce même à cette joie.

O mon coeur, si tu ne peux plus supporter le chagrin, va-t’en
La gloire de l’amour n’est pas peu de chose : va-t’en
O mon âme, viens, toi, si tu es sans effroi,
Mais si tu as peur, ce n’est pas ton affaire, va-t’en.

Quand nous sommes séparés, loin de la poussière de ton seuil,
Nous sommes toujours dans les pleurs et les gémissements
Comme la bougie qui se liquéfie par ses larmes
Et comme le luth dont la plainte cause nos chants.

O toi qui m’a cajolé avec tendresse,
A présent, pour me chasser tu as trouvé un prétexte
Si tu témoignes à tous ton amour de la sorte
Tu ne connais rien de la valeur de tes amis.

Là où se trouve la grâce, qu’importe la paix ou la guerre ?
Et là où est le contraire, qu’importe le rosaire ou le luth ?
Celui que Dieu agrée, qu’importe qu’il soit byzantin ou noir ?
Sois soumis et satisfait, pour ne pas connaître le malheur.

Ces yeux versant des larmes de sang, toujours pleins de chagrin,
Ne leur demande pas de dormir : quand trouveraient-ils le sommeil ?
Ils pensent que tout cela aura une fin :
O toi qui ne connais rien à l’amour, qui donc a dit cela ?

Je ne suis pas désespéré, quoique tu m’aies oublié
Ou qu’après moi tu aies pris un autre ami
Je supporterai mon chagrin pour toi tant que je vivrai :
Il y a beaucoup d’espoir dans l’absence d’espoir.

Rûmi

Rûbâiyyâtes

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