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AYTEN MUTLU – LES YEUX D’ISTANBUL

un beau jour tu te blesseras et la solitude deviendra ton foyer
ou tu t’égareras peut-être dans la forêt des souvenirs
raccroche-toi à ma voie, aux yeux de cette si jeune Istanbul
qui te recherchent dans la brume

je n’ai pas oublié, il est impossible que tu aies oublié
cette forêt de lumière qui marche dans nos cœurs
ferme tes yeux et viens, laisse cette magie chaude couler encore
de tes doigts à la peau salée
d’un amour vécue comme une prière

que le platane au jardin public de Maçka
laisse un Istanbul de dix-huit ans
aux lèvres mouillées de la pluie
comme une rêve la nuit
dans les poussières marbrées d’un premier baiser

que le train de Haydarpaşa arrivant la nuit entre
aux notes de sa musique oubliée
comme une poésie lyrique dans la bouche du temps

remonte ta montre si bien que ton retour
le temps ne s’arrête jamais à Dolmabahçe
que l’un de mes souliers de verre laisse
sur l’escalier du quai de Beşiktaş
et qu’un matin d’Ortaköy assaisonné de simit* croquant à sésames
attende encore quelque temps
sur le pont du navire qui dirige vers l’inconnu **

avant que les arcs ne fussent bloqués dans mon cœur
une ville de lumière qui se vêt des étoiles chaque nuit
comme rivière turquoise qui écarte la vie en deux
qu’elle démolisse les muraux du pays de dénuements

cette porte secrète toujours ouverte
dans l’orbite spiral qui déchire le temps
que cette porte de solitude, cet amour salé
apporte un peu d’Istanbul à la table de dénuement
une verre de raki ajouté quelques glaçons
une tranche de fromage
au goût d’une poignée de prune couverte de rosée

que mon lit sente
comme un peu du Marché d’Epice, une rose vêtue un tcharchaf de soie
avant que mon nom soit la mort
que mon dernier sommeil soit au dessin d’amour
qu’Istanbul ville-abscente
regarde un peu nihavent ***

Traduit par : Mustafa Balel

* Simit, une sorte de bretzel en forme d’anneau

** navire qui dirige vers l’inconnu, la poétesse fait allusion ici à la fameuse poésie de Yahya Kemal, « Bateau Silencieux», traitant le thème de mort.

*** Nihavent, l’un des motifs de la musique turque, similaire à la gamme de sol majeur

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